Chronique forestière - La dormance des arbres
Publié le mercredi 18 février 2015, 18:00 - par AFAT

Quand ils n’en peuvent plus de l’hiver, les Québécois se poussent dans le Sud! Les arbres, eux, n’ont pas cette chance. Hiver doux, hiver froid, beaucoup de neige, peu de neige… Peu importe le genre d’hiver, les arbres n’ont pas d’autres choix que de faire face à la saison blanche. Pour passer au travers cette dernière sans trop de problèmes, les arbres doivent se mettre dans un état d’engourdissement, ou de repos si vous préférez. Cet état, c’est ce qui leur permet de survivre à nos hivers froids. C’est ce qu’on appelle « la dormance des arbres ».

Chez les arbres, l’étape de la dormance s’amorce à partir de la fin de l’été lorsque le métabolisme se met à ralentir graduellement. Plus les températures deviennent froides, plus l’état de dormance avance, atteignant habituellement un point optimal pendant les mois de janvier et février. Durant cette période de repos de quelques mois, les arbres, qu’ils soient feuillus ou conifères, ne peuvent plus croître peu importe les conditions. La dormance empêche que la croissance se fasse en hiver de façon à ce que les jeunes tissus fragiles de l’arbre ne gèlent pas. Bien qu’elle demande beaucoup de préparation, la période de dormance est nécessaire chez tous les arbres. Elle permet de renouveler le cycle de croissance.

L’arbre doit attendre l’arrivée du printemps pour recommencer à être en activité. À ce moment, la concentration de sucres solubles contenus dans les cellules diminue et l’arbre redevient à nouveau moins résistant au froid. Les températures doivent être assez élevées pour que la circulation de la sève redémarre. C’est à ce moment que l’on peut, notamment, entailler les érables à sucre et se délecter de délicieux sirop d’érable. La croissance de l’arbre se poursuit ensuite durant tout l’été, jusqu’à ce que les phytochromes, des sentinelles biochimiques qui se trouvent dans les bourgeons, détectent que les jours raccourcissent de plus en plus au mois d’août. L’arbre cesse alors sa croissance et commence déjà sa préparation en vue d’une autre longue période hivernale.

L’état de dormance dans lequel sont les arbres en hiver ne leur garantit cependant pas de ne subir aucun contrecoup des conditions hivernales. Les gels précoces d’automne peuvent être néfastes car les arbres ne sont pas encore assez endurcis. Ils peuvent donc être victimes d’une altération des tissus du tronc. Les gels tardifs du printemps, ou les chaleurs printanières, ne sont pas idéales non plus. Si la température est anormalement chaude, les arbres perdent rapidement leur endurcissement et le retour du froid peut causer des dommages au bois ou aux bourgeons. La neige et le verglas peuvent également causer certains dommages, en provoquant la rupture de branches.

Un peu comme chez les humains, où certains sont une cible plus facile pour les microbes, il y a des arbres qui sont plus sensibles que d’autres au froid. Un arbre dont la photosynthèse est active pendant la période de végétation, fabrique et emmagasine correctement de l’amidon; il est par conséquent plus résistant au gel hivernal. Par contre, un arbre peu vigoureux, qui a souffert de stress nutritif et hydrique comme la sécheresse, la défoliation par des chenilles ou l’élimination importante de feuillage par l’élagage au printemps ou en été, aura moins d’amidon à hydrolyser et sera moins résistant au gel l’hiver suivant. Heureusement, la plupart des arbres sont faits forts et sont capables d’affronter sans problème nos hivers québécois.

À votre prochaine sortie en forêt, ne vous en faites donc pas trop pour tous ces arbres pris au beau milieu du froid et de la neige. La période hivernale leur est généralement très utile, un peu comme le sont vos heures de sommeil.

Prochaine chronique : Le papier

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